Événements auxquels la Grande plée Bleue a été confrontée – Le drainage des milieux humides

Le drainage des tourbières et marais a beaucoup été pratiqué en Europe et en Amérique, entre autres, pour agrandir la surface arable disponible à cause des besoins alimentaires grandissants de la population. On visait la productivité maximale du sol, à tout prix… Au Québec, entre 1950 et 1960, le ministère de l’Agriculture et de la Colonisation a aussi suivi cette voie en subventionnant le drainage de grandes tourbières dont la Grande plée Bleue. On a ainsi dessiné et planifié en 1950 de nouvelles lignes de cours d’eau, puis élargi et approfondi les branches de ceux déjà existants dans les bassins versants, soit ceux de la rivière à la Scie, du ruisseau Saint-Claude et de la rivière des Couture afin d’augmenter le débit d’évacuation de l’eau.

CARTE MAPAQ - Offgicielle 2

Ampleur du drainage des branches du ruisseau Saint-Claude et des rivières à la Scie et des Couture situés sur le territoire de la ville de Lévis fusionnée.

La Société d’aménagement des fermes a été le maître d’œuvre de 1958 à 1960 d’un réseau de 40 km de long de canaux du secteur sud-ouest de la Grande plée Bleue, ce secteur couvrant plusieurs propriétés agricoles privées. De nouvelles ramifications au nombre de 9 traversaient la forêt périphérique et allaient se jeter dans la rivière à la Scie pour drainer la partie méridionale de la tourbière. Un canal de drainage y a également été creusé (Voir règlement de 1957 à St-Louis-de-Pintendre sur l’amélioration de la rivière à la Scie).

DSC_7325 - copie

Photo par Jean-Paul DOYON prise le 19 mai 2013 – Canal de drainage d’un embranchement du ruisseau Saint-Claude

DCIM100GOPROGOPR1185.

Photo par Jean-Paul DOYON prise le 11 mai 2016 – Canal de drainage de la rivière des Couture – GPS 46,785747 N – 71,068723 W – 93m (305ft)

D’autres travaux ont été exécutés subséquemment dans les années 60 et en 1975, un canal fut creusé permettant de prolonger le ruisseau Saint-Claude dans le secteur nord-est de la tourbière.

Untitled

Photo par Jean-Paul DOYON prise le 23 juillet 2013 – Embranchement de la rivière à la Scie

Cependant, pour que cette technique s’avère efficace il aurait fallu que les drains soient installés à tous les 30 mètres, d’après Mme Line Rochefort du GRET; conséquemment, l’effet de l’évacuation des eaux de la tourbière a été peu ressenti et n’a pas contribué à l’assèchement de la tourbière. Une recherche documentaire, effectuée pour le compte de la Société de la Grande plée Bleue en 1990, s’est penchée sur les conséquences du drainage sur l’écosystème de la Grande plée Bleue pour conclure qu’à part une pousse forestière le long des canaux sur quelques mètres de largeur seulement, peu de signes d’impacts pouvaient être observés. (Voir Étude de la végétation de la tourbière – La Grande plée Bleue, août 1990, Société de conservation et de mise en valeur de la Grande plée Bleue). Quant au nombre de mares, il était resté à peu près le même, trente ans plus tard, sauf pour celles à proximité des canaux.

Sans titreLa Grande plée Bleue appartient à la zone dite tempérée nordique semi-forestière qui connaît des épisodes saisonniers d’évapotranspiration de même que des pertes d’eau lorsque les arbres qui s’en abreuvent ont une présence significative. (Voir Écologie des tourbières du Québec-Labrador, PUL 2001, chapitre 5 sur les caractéristiques hydrologiques). Les caractéristiques hydrologiques varieraient selon la localisation des secteurs de la Grande plée Bleue et les bassins versants (Scie, Saint-Laurent) dont ils sont dépendants, avec des mares plus ou moins profondes et plus ou moins alimentées ou asséchées au rythme des saisons.

Quand ce contexte naturel se heurte à la présence humaine, quelles en sont les conséquences pour la santé d’une tourbière? La Grande plée Bleue aurait-elle subi davantage de perte d’humidité à cause des activités agricoles anciennes et actuelles (drainage, assèchement, etc.), du développement périurbain et d’autres perturbations dues aux activités humaines? Est-ce que la perte d’eau serait due davantage à l’évaporation qu’à l’absorption par les boisés périphériques (étant donné une déforestation partielle)?

Sylvain Jutras, ingénieur forestier et professeur en hydrologie forestière à l’Université Laval, précise que la Grande plée Bleue est une tourbière ombrotrophe qui effectivement «évapotranspire» de l’eau. «Dans un bilan hydrologique annuel typique, on pourrait estimer qu’elle reçoit 1200 mm de précipitations (normale climatique annuelle de la station Lauzon), quelle évapotranspire entre 600 et 700 mm d’eau et que le reste s’écoule, soit, environ 600 mm annuellement. Le drainage de la tourbière augmentera l’écoulement, mais d’après ce qu’on connait, sur l’ensemble de la tourbière, il y a peu de drains et leur importance dans le bilan est très limitée spatialement. Une déforestation laisse plus d’eau sur un site (diminution de l’évapotranspiration), donc pas un désavantage pour la tourbière car il y aura plus d’eau dans le sol.»

Mme Line Rochefort aborde les impacts du drainage dans les tourbières en général dans Le drainage des tourbières : impacts et techniques de remouilllage par Josée LANDRY et Line ROCHEFORT. Les impacts expliqués sont :

  • le contenu en eau et le temps de rétention de l’eau,
  • la structure du dépôt de tourbe,
  • la température du dépôt de tourbe,
  • les taux de décomposition,
  • les émissions de CH4 et de CO2,
  • le carbone organique dissous,
  • le stock de carbone d’une tourbière,
  • la physicochimie de la tourbe,
  • la composition chimique de l’eau,
  • l’émission d’un autre gaz à effet de serre : le N2O
  • la biodiversité floristique et la biodiversité faunique.
Drainage dans exploitation tourbe

Photo par Jean-Paul DOYON le 29 juillet 2013 – Exemple de drainage sévère

Contrairement à d’autres tourbières exposées de façon plus sévère aux impacts du drainage intensif, la Grande plée Bleue aura donc pu préserver entre autres cette biodiversité. Prenons pour exemple la présence de fourmis de l’espèce Dolichoderus maria dans la tourbière, disparue ou absente dans les autres milieux humides étudiés. La tourbière joue ainsi un rôle primordial dans la conservation de la faune et de la flore et l’équilibre écologique régional.

TEXTE : FRANÇOISE DE MONTIGNY-PELLETIER

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s