Décontamination – Réhabilitation – Recherche

Zones à décontaminer

Histoire naturelle de la tourbière

L’histoire naturelle de la tourbière de la Grande plée Bleue aurait débuté il y a près de        9 500 ans, selon les travaux de M. Martin LAVOIE, Ph.D. et professeur titulaire à l’Université Laval. On peut consulter les textes reproduits sur cette plateforme sous l’onglet ÂGE DE LA TOURBIÈRE ou en anglais, sous l’onglet THE PEAT BOG’S AGE.

Photo par Jean-Paul DOYON/Picture by Jean-Paul DOYON

Photo par Jean-Paul DOYON

Événements perturbateurs liés aux activités humaines

Des évènements propres à la période de la révolution industrielle allaient rendre plus difficile le maintien de son intégrité écologique. On commence à en découvrir les conséquences et les impacts et à les reconnaître par les études de végétation et des recherches dans d’autres disciplines. À la suite d’une demande des hommes d’affaires de la ville de Lévis, la compagnie Chemin de fer Intercolonial1 (Intercolonial Railway of Canada) a construit en 18842 la ligne subdivision Saint-Charles qui traverse le Lac Beaumont.

Photo par Jean-Paul DOYON prise le 29 septembre 2013 - Lac Beaumont, Qc, Canada/Picture by Jean-Paul DOYON taken on the 29th September 2013 - Lake Beaumont, Qc, Canada

Photo par Jean-Paul DOYON prise le 29 septembre 2013 – Lac Beaumont, Qc, Canada/Picture by Jean-Paul DOYON taken on the 29th September 2013 – Lake Beaumont, Qc, Canada

Cette construction a créé une blessure majeure d’est en ouest dans l’écosystème de la tourbière. La cicatrice est encore ouverte comme le démontre la photo aérienne prise en septembre 2013.

Photo par Jean-Paul DOYON/Picture by Jean-Paul DOYON

Photo par Jean-Paul DOYON/Picture by Jean-Paul DOYON

Mais d’autres activités humaines plus récentes allaient s’ajouter à cette première perturbation écologique de l’habitat.

Contexte plus près de nous

Plus près de nous, la construction en 1971 de l’embranchement ferroviaire Harlaka était toute indiquée pour qu’un nouveau projet de développement économique se manifeste. C’est ainsi que cette voie ferrée devait servir à alimenter en pétrole brut la raffinerie Ultramar inaugurée le 1er octobre 1974. Ce type de produit transporté allait mettre à risque de contamination la tourbière dans le cas d’accidents ferroviaires. Depuis, trois déraillements eurent ainsi lieu dont un avec déversement.

Photo par Jean-Paul DOYON - Raffinerie Jean-GAULIN/Énergie Valéro

Photo par Jean-Paul DOYON – Raffinerie Jean-GAULIN/Énergie Valéro

Le premier événement s’est produit le 13 avril 1999 près du chemin Ville-Marie alors qu’une dizaine de wagons ont quitté la voie ferrée. Les wagons ont été vidés de leur contenu sans faire de dommage à l’environnement. Source : Marc SAINT-PIERRE du journal Le Soleil.

Photos par Guy PARADIS du MDDEFP* prises le 13 avril 1999.

Photos par Guy PARADIS du MDDEFP* prises le 13 avril 1999.

Par la suite, le 30 avril 2004 à Saint-Charles-de-Bellechasse, a lieu un déraillement de huit wagons. Selon l’article de Martine BOULIANE du journal Le Soleil, l’accident impliquait un wagon rempli de diesel et sept autres remplis d’essence. Le déraillement est survenu à la hauteur de la route 279. Les spécialistes sur place ont conclu qu’il n’y avait pas eu de déversement de produit pétrolier.

Photos par Guy PARADIS du MDDEFP* prises le 30 avril 2004

Photos par Guy PARADIS du MDDEFP* prises le 30 avril 2004

Enfin, le 17 août 2004 la Grande plée Bleue allait vivre un évènement dont les conséquences l’ont affectée encore dix ans plus tard. «Un déversement de 18 wagons-citernes, un train-bloc de produits pétroliers du Canadien National (CN) en provenance de la raffinerie d’Ultramar Canada Inc. à Lévis transportant 200 000 litres d’essence et d’huile de chauffage s’effectua vers 14h40», mentionnait un rapport de Transport Canada rendu disponible sur cette plateforme à l’onglet DOCUMENTATION.

Photos par Guy PARADIS - MDDELCC**

Photos par Guy PARADIS – MDDELCC**

Après de longues négociations entre le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (et ses versions antérieures) et le Canadien National, ce dernier annonçait en mai 2014 qu’il décontaminerait deux petits secteurs restés contaminés.

Actions réparatrices

Voici en images et en quelques explications les deux procédés de décontamination et de réhabilitation expérimentaux employés dans les deux secteurs naturels impliqués.

Photo par Jean-Paul DOYON prise le 29 septembre 2013 - Zones à décontaminer

Photo par Jean-Paul DOYON prise le 29 septembre 2013 – Zones à décontaminer

LE SECTEUR SUD

SMP/GPS Latitude 46,7873870 N – Longitude 71,02820 O – Altitude 94 m (308 pi)

Le 18 juin 2014, j’ai effectué une visite du premier secteur situé au sud de la voie ferrée, guidé par M. François QUINTY, spécialiste des tourbières chez Golger Associés Ltée de Québec. Cette zone à réhabiliter est considérée comme étant un bog.

Après une évaluation minutieuse des procédés de décontamination disponibles, une approche in situ a été retenue par les spécialistes, c’est-à-dire que c’est le milieu lui-même avec l’aide d’une intervention technologique qui devrait décontaminer les résidus d’hydrocarbures restant dans le sous-sol.

Pour réaliser l’ensemble des interventions technologiques, il faut construire une plateforme en bois supportée par des barils afin de réduire au maximum la perturbation de cette structure sur le milieu.

Photo par Jean-Paul DOYON - Trottoir de bois avec cellules d’essai installé sur des barils de plastique avec 4 ponts roulants. - Latitude 46, 7873870 N - Longitude 71, 02820 W - 94m (308ft)

Photo par Jean-Paul DOYON – Trottoir de bois avec cellules d’essai installé sur des barils de plastique avec 4 ponts roulants. – Latitude 46, 7873870 N – Longitude 71, 02820 W – 94m (308ft)

Photo par Jean-Paul DOYON prise le 2 octobre 2014 - Les trottoirs en bois avec cellules d'essais

Photo par Jean-Paul DOYON prise le 2 octobre 2014 – Les trottoirs en bois avec cellules d’essais

Le procédé retenu est d’injecter de l’air (oxygène) afin de stimuler les bactéries présentes dans le sol; l’oxygène devrait ainsi accélérer le processus de dégradation des hydrocarbures restés dans le sous-sol.

Photos par Jean-Paul DOYON - Pour pouvoir injecter de l’oxygène dans le sol, il faut installer un réseau de tubulures afin de stimuler l’activité microbienne qui est habituellement lente dans les tourbières.

Photos par Jean-Paul DOYON – Pour pouvoir injecter de l’oxygène dans le sol, il faut installer un réseau de tubulures afin de stimuler l’activité microbienne qui est habituellement lente dans les tourbières.

Photos par Jean-Paul DOYON -Chaque drapeau correspond à un point d’échantillonnage de la tourbe. À droite de la photo, on peut apercevoir que chaque cellule est divisée en 4 parcelles par une corde.

Photos par Jean-Paul DOYON – Chaque drapeau correspond à un point d’échantillonnage de la tourbe. À droite de la photo, on peut apercevoir les cellules qui ont été divisées en 4 parcelles par une corde.

Photo par Jean-Paul DOYON - Les trottoirs situés entre les cellules permettent de circuler facilement tout en réduisant les dommages au couvert végétal par le piétinement répété.

Photo par Jean-Paul DOYON – Les trottoirs situés entre les cellules permettent de circuler facilement tout en réduisant les dommages au couvert végétal par le piétinement répété.

LE SECTEUR NORD

SMP/GPS Latitude 46,7874330 N – Longitude 71,0272270 O – Altitude 99 m (325 pi)

Photo panoramique par Jean-Paul DOYON - Zone à décontaminer photographiée le 18 juin 2014.

Photo panoramique par Jean-Paul DOYON – Zone à décontaminer photographiée le 18 juin 2014.

Le 16 septembre 2014, j’ai visité cette fois la section nord. Ce secteur est considéré comme étant un fen. Le procédé retenu est plus spectaculaire et est plus invasif que le premier. Voici les étapes de la réhabilitation du couvert végétal.

ÉTAPES DE LA RÉHABILITATION DU MILIEU

1 – Débroussailler les lieux.

2 – Excaver pour extraire la tourbe contaminée en place.

3 – Remplacer par de la tourbe non contaminée provenant d’un site extérieur.

4 – Couvrir avec des plantes herbacées, provenant des résidus du débroussaillage, et de la paille pour garder l’humidité de la surface.

5 – Planter une centaine d’arbres et d’arbustes d’essences variées.

6 – Semer un mélange de graines confectionné pour ce projet expérimental.

RED

Voici des précisions selon les explications fournies par M. François QUINTY.

1 – On procède au débroussaillage des « plantes ligneuses » (arbustes) avant l’excavation. Les herbacées sont ensuite coupées; elles seront utilisées plus tard comme paillis contenant des graines qui permettront l’ensemencement favorisant la repousse d’espèces qui y étaient installées auparavant. La revégétalisation de la superficie excavée en sera ainsi facilitée. Cette récupération naturelle assurera une meilleure regénération du couvert végétal en fonction de la signature écologique.

2 – C’est approximativement sur une superficie de 1 500 mqu’on va retirer de la tourbe.

3 – La nouvelle tourbe mise en place provient de la tourbière de Saint-Charles-de-Bellechasse opérée par Les Tourbières Smith (Canada) Inc. Le matériel végétal provient quant à lui d’une tourbière située à Saint-Henri-de-Lévis et opérée par Premier Horticulture Ltée.

Photo prise le 3 septembre 2014 par Jonathan MONTMINY-MORIN du MDDELCC**

Photo prise le 3 septembre 2014 par Jonathan MONTMINY-MORIN du MDDELCC**

On y a prélevé 10 cm de substrat incluant une banque de graines, des fragments de mousses et d’autres végétaux, le tout devant être installé sur le site en cours de restauration.

Photo prise le 3 septembre 2014 par Jonathan MONTMINY-MORIN du MDDELCC**

Photo prise le 3 septembre 2014 par Jonathan MONTMINY-MORIN du MDDELCC**

Parce qu’il est difficile de prévoir les conditions du sol, les travailleurs de la compagnie ont pris les plantes dans deux sites d’emprunt, le premier étant un site plus riche qui a été restauré et l’autre étant situé dans un bog. Il en résulte un mélange qui devrait assurer aux plantes les meilleures conditions d’établissement, puisque cette variété de plantes sélectionnées a une grande capacité d’adaptation.

4 – On répand de la paille sur le terrain, d’abord pour permettre la rétention d’humidité, ce qui évitera le dessèchement des plantations qui suivront, et ensuite pour empêcher l’envahissement par des plantes indésirables. C’est exactement ce que l’on fait en restauration de tourbière.

Photo panoramique 180 degrés prise le 18 septembre 2014 par Jean-Paul DOYON/Picture taken by Jean-Paul DOYON on the 18 Septembre 2014

Photo panoramique 180 degrés prise le 18 septembre 2014 par Jean-Paul DOYON/Picture taken by Jean-Paul DOYON on the 18 Septembre 2014

5 – Plantation de plusieurs essences qui ont été inventoriées avant l’extraction de la matière.

Érable rouge

Mélèze laricin

Aulne rugueux

Viorne cassinoïde

Houx verticillé

Photo panoramique par Jean-Paul DOYON – État des lieux le 18 septembre 2014. La plantation des arbres est avancée.

Photo panoramique par Jean-Paul DOYON – État des lieux le 18 septembre 2014. La plantation des arbres est avancée.

6 – À la fin du processus, il faut semer le mélange de graines confectionné pour s’assurer de la repousse d’un couvert végétal le plus rapidement possible. Ceci préviendra l’implantation d’espèces qui n’ont pas à y être, comme le roseau commun ou d’autres plantes envahissantes.

Tous ces efforts de décontamination, de réhabilitation et de recherche vont donner lieu à un suivi de deux ans par les mandataires du Canadien National. Sur invitation, je serai là pour pouvoir vous montrer le résultat de ces efforts et voir la végétation reprendre vie.

TEXTE: JEAN-PAUL DOYON

CORRECTION: FRANÇOISE DE MONTIGNY-PELLETIER

RED

Je remercie toutes les personnes qui m’ont permis de voir et de rapporter au public ces interventions environnementales du Canadien National, plus particulièrement dans la tourbière de la Grande plée Bleue laquelle devrait en bénéficier écologiquement dans les décennies à venir.

Références

1 –  http://fr.wikipedia.org/wiki/Chemin_de_fer_Intercolonial

2 – David GAGNÉ, historien.

Collaborations spéciales

Nuria DE LEON PEREZ (directrice des communications – Affaires publiques) | CN

Mélanie ALLAIRE (avocate en environnement) | CN

Véronique BLAIS (hydrogéologue) | Golder Associés Ltée

François QUINTY (M.A. géographe, spécialiste des tourbières) | Golder Associés Ltée

David GAGNÉ (historien) | Ville de Lévis

Louis-François GARCEAU | Groupe TRAQ, Charny

Adrien d’ASTOUS  | Groupe TRAQ, Charny

Jonathan MONTMINY-MORIN (photographe) | MDDELCC**

Guy PARADIS (photographe) | MDDELCC**

RED

Notes: * MDDEFP = Ministère du développement durable, de l’environnement, de la faune et des parcs, Gouvernement du Québec

** MDDELCC = Ministère du développement durable, de l’environnement et de la lutte aux changements climatiques, Gouvernement du Québec

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