Dangers dont la Grande plée Bleue a été épargnée

EXPLOITATION DE LA TOURBE

La Grande plée Bleue a échappé à l’exploitation de sa tourbe à des fins commerciales, ce qui lui confère un caractère d’authenticité puisque les interventions humaines y ont été restreintes. Elle devient donc exemplaire dans l’étude et les projets de conservation des milieux humides et des tourbières.

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Photo par Jean-Paul DOYON prise le 29 septembre 2013 – Exploitation de la compagnie Tourbières SMITH (Canada) Inc. (Les) à Saint-Charles-de-Bellechasse. En haut à gauche le lac Beaumont et à droite le lac Saint-Charles, Qc, Canada

Le ministère de l’Énergie et des Ressources du Québec ne pouvant fournir d’informations précises aux entrepreneurs intéressés à la commercialisation de la tourbe fibreuse, il a donc lancé au début des années 80 un programme d’échantillonnage couvrant 35 tourbières du sud de la province. Ces recherches ont donc porté sur les propriétés physico-chimiques de la tourbe du Québec méridional mais spécifiquement en lien avec son potentiel d’utilisations industrielles. La recherche sur le terrain a été confiée par la direction générale de l’exploration géologique et minérale du ministère à une équipe de travail supervisée par M. Pierre Buteau.

Voici quelques informations extraites du rapport final de la recherche publié par le ministère: PROPRIÉTÉS PHYSICO-CHIMIQUES DE LA TOURBE DU QUÉBEC MÉRIDIONAL EN VUE D’UTILISATION INDUSTRIELLE. 1986, par  BUTEAU, P.,  Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles du Québec, ET 85-09.

Contexte

Parmi les tourbières étudiées, on trouve la Grande plée Bleue identifiée sous le nom de HARLAKA. Ce toponyme est associé au chemin du même nom anciennement appelé Ste-Hélène. La tourbière appartient à la région morpho-climatique F, soit celle de Québec, qui inclut le territoire de Lévis. Les environnements morpho-climatiques sont classés selon les précipitations annuelles, la longueur de la saison végétative, les écarts de température, la nature du substrat sur lequel s’est développée la tourbe, l’influence sur les enclaves géologiques, sur les eaux de percolation et le réseau de drainage.

Carte d'échatillonnge

Tourbière Grande plée Bleue. Sites d’échantillonnage – FIGURE 24 extraite de: PROPRIÉTÉS PHYSICO-CHIMIQUES DE LA TOURBE DU QUÉBEC MÉRIDIONAL EN VUE D’UTILISATION INDUSTRIELLE. 1986, Par BUTEAU, P., Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles du Québec, ET 85-09, p. 34

Dès 1914, des études avaient été faites (voir ALEP dans la bibliographie) et portant sur le potentiel de commercialisation de la tourbière; elles concluaient que celle-ci était inapte à la production de mousse de tourbe parce que la tourbe y est trop décomposée et ne pouvait non plus être utilisée comme combustible. Ces conclusions ont été confirmées par GIRARD en 1947 et SIMARD en 1970 (non publié).

Méthodologie

Toutes les analyses ont été faites ou supervisées par le Centre de recherches minérales du Québec. On a d’abord effectué des transects¹ pour sélectionner les principales strates de tourbe des gisements dans lesquels les prélèvements devaient être faits. Les échantillons prélevés ont d’abord été séchés, puis broyés et tamisés pour en mesurer les propriétés physico-chimiques en laboratoire. Les dix échantillons provenant de la Grande plée Bleue ont été numérotés de 1216 à 1225.

Les analyses ont été sélectionnées selon l’utilisation potentielle de la tourbe à des fins commerciales:

  • d’abord pour vérifier si elle avait une valeur énergétique en étant transformable en coke de tourbe ou charbon activé, en briquettes de tourbe pour chauffage domestique, ou sous formes gazéifiée ou liquéfiée;
  • ensuite ont été considérés d’autre usages tels ceux basés sur les propriétés chimiques propres à la tourbe fibreuse, et ceux propres au contexte agricole, comme le compostage du lisier, l’augmentation de la superficie des cultures maraîchères, le terreau horticole, les contenants de germination, etc.;
  • enfin, en tant que filtre dans le traitement des eaux usées ou comme barrière contre les contaminants, comme produits absorbants hygiéniques, pour l’absorption du pétrole lors de déversements, comme lubrifiants industriels issus des cires et des graisses contenues dans la tourbe.

Constatations

Comparativement aux tourbières d’autres régions du Québec comme le Bas-Saint-Laurent, celles de la région de Québec et, entre autres la Grande plée Bleue et la plée de Bellechasse contiennent un plus haut taux de graisses et de cire mais moins de cendres et moins de capacité de rétention d’eau dans les tourbes fibriques² et mésiques³ en particulier que dans celles dites humiques 5 (humus plus acidité).

La superficie de la Grande plée Bleue est de 700 hectares. Sa profondeur moyenne est estimée à 2,4m. Les petites mares y couvrent 40 hectares à elle seules. On y trouve quelques petits ilots de sol minéral.

Son étude stratigraphique a identifié des strates de A à E montrant selon l’échelle Von Post un état de décomposition de la tourbe de 4 à 7, c’est-à-dire de peu à assez décomposée, libérant une eau trouble ou boueuse si humide, selon le degré.

Sans titre 2

Échelle Von post utilisée pour évaluer le degré de décomposition de la tourbe. TABLEAU 1 extrait de: PROPRIÉTÉS PHYSICO-CHIMIQUES DE LA TOURBE DU QUÉBEC MÉRIDIONAL EN VUE D’UTILISATION INDUSTRIELLE. 1986, Par BUTEAU, P., Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles du Québec, ET 85-09, p. 5

Ces résultats viennent corroborer les études antérieures et excluent le potentiel commercial de la tourbière.

TEXTE: FRANÇOISE DE MONTYGNY-PELLETIER

Références

ANREP, A.- Rapport sommaire de la division des mines pour l’année 1916, Ministère des Mines

GIRARD, H. – La tourbe dans Québec, son origine, sa répartition, son emploi. Ministère des Mines de la province de Québec, Service des gîtes minéraux, RG-31

BUTEAU, P. – PROPRIÉTÉS PHYSICO-CHIMIQUES DE LA TOURBE DU QUÉBEC MÉRIDIONAL EN VUE D’UTILISATION INDUSTRIELLE – Lien vers le rapport ET 85-09 qui se trouve dans le fonds documentaire SIGÉOM (Système d’information géominière):

http://sigeom.mrn.gouv.qc.ca/signet/classes/I1102_indexAccueil

Terminologie

  1. Transect: coupe linéaire, c’est-à-dire effectuée tout au long d’une ligne tracée sur un terrain d’échantillonnage.
  2. Tourbe fibrique: blonde, formée par les sphaignes, gorgée d’eau, avec une structure fibrique, acide, riche en carbone organique; elle est souvent jeune (3 000-4 000 ans), gradation H1 à H4 sur l’échelle Von Post.
  3. Tourbe mésique: brune, provient de la transformation de débris végétaux et composée de fibres, mélangée à des éléments plus fins définissant sa texture; elle est plus âgée (5 000 ans), gradationb de H5 et H6;
  4. Tourbe saprique: noire, formée par des joncs et des laîches, moins gorgée d’eau car plus dense, de structure mésique à saprique, au pH moins acide que les deux précédentes, plus minéralisée (10 000-12 000 ans).
  5. Tourbe humique: très décomposée, faite de différents types de tourbe et associée à une tourbe combustible avec une gradation de H5 à H10 sur l’échelle Von Post.

Sources

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tourbière

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tourbe

Base de données des tourbières du Nouveau-Brunswick https://www.gnb.ca/0078/minerals/Peat_History-f.aspx

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