Âge de la tourbière

Bande Note d'introduction

La démarche entamée en vue de la création d’une réserve écologique de la Grande-Plée-Bleue a incité en 2008 le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs du Québec à donner préalablement un mandat de recherche au Département de Géographie et au Centre d’études nordiques de l’Université Laval de Québec. Ce texte est un résumé vulgarisé des deux rapports produits par l’équipe de recherche à l’issue de deux périodes de travaux sur le terrain et en laboratoire. Nous vous invitons d’ailleurs à lire ces rapports qui révèlent en détails les résultats de cette recherche, en cliquant sur l’onglet DOCUMENTATION et en sélectionnant les 2 titres. Rappelons que 80% des tourbières existant au Québec avant la colonisation sont disparues ou ont été fortement perturbées, ce qui confère à la Grande plée Bleue son importance en matière de conservation, d’éducation et de connaissances scientifiques.

Bande Points dÉchantillonnage effectués

Photo par JEAN-PAUL DOYON - Points d'échantillonnages GPB-1, GPB-2 et GPB-3 cités dans les rapports

Photo par JEAN-PAUL DOYON – Points d’échantillonnages GPB-1, GPB-2 et GPB-3 cités dans les rapports

Bande Résumé rapport mai 2009

Résumé du rapport rédigé par Martin LAVOIE et Élisabeth C. ROBERT, mai 2009:

2009

Étude paléoécologique de la tourbière de la Grande plée Bleue

Le mandat reçu était de réaliser à la demande du ministère une étude paléoécologique1, c’est-à-dire, de reconstituer les étapes du développement d’un secteur de la tourbière depuis l’origine de celle-ci. La première visite sur le terrain eut lieu en juin et la suivante en août 2008. Le secteur sélectionné était situé dans une partie de la platière2 qu’on présumait plus ancienne, vers le centre et structurée par des mares, donc plus près du point d’origine de formation de la tourbière. Deux profils (GPB-1 et GPB-2) distants de 30 cm y furent effectués en procédant au carottage par segments de 50 cm chacun, alternant dans deux trous perforés à 10 cm l’un de l’autre pour chaque profil. Au total, 63 niveaux ont pu être analysés. Les différentes couches de tourbe observées sont: tourbe de bois et d’herbacées, tourbe de bois et de sphaignes, tourbe d’herbacées et de sphaignes, tourbe de sphaignes, tourbe de sphaignes et de bois. Une caractéristique du milieu tourbeux est la conservation des résidus organiques sur une longue période à cause du peu d’oxydation due à la rareté de l’air. Les échantillons (macrorestes) végétaux et fossiles peuvent ainsi être identifiés et dénombrés et leur analyse en laboratoire  permet de connaître l’âge d’établissement et l’évolution (dynamique) de la tourbière, du moins dans un rayon à proximité du prélèvement. Une carotte atteignant la  profondeur de 450 cm a ainsi révélé une datation de 8 340 ans et 3 périodes principales marquant le développement de la tourbière.

Zone I: profondeur de 450-438 cm, datée de 8 340  à 8 190 ans avant aujourd’hui et qu’on identifie comme celle appartenant à la forêt initiale, vivante sur une courte durée (environ 150 ans), déjà cependant en processus d’entourbement, il y a 8300 ans. Cette forêt était constituée de sapins baumiers, de bouleaux blancs, de mélèzes laricins et d’épinettes noires.

Zone II: profondeur de 438-420 cm, datée de 8 190 à 7 890 ans avant aujourd’hui, étape de transition pendant laquelle la forêt initiale représentée par le sapin baumier et le bouleau est disparue, alors que le mélèze laricin et l’épinette noire y subsistent encore.

Zone III: profondeur de 420-0 cm, période de 7 890 ans avant aujourd’hui jusqu’à maintenant, période de la tourbière ombrotrophe3, elle-même subdivisée en 7 strates, (couches) incluant l’acrotelme4.

Les constatations faites à l’issue des analyses de cette première étude permettent d’en déduire que la Grande plée Bleue s’est constituée au détriment de la forêt originale et relativement  peu de temps après le retrait de la mer intérieure qui s’était formée lors de la fonte du couvert de glace commencée à la fin de la période glaciaire, il y a environ 10 000 ans. La tourbière actuelle serait en fait la réunion de plusieurs zones tourbeuses qui se sont jointes pour n’en faire qu’une, pendant son évolution. Une autre conclusion a été que l’évolution de la tourbière n’a pas été déterminée par des événements climatiques (exogènes) mais plutôt de façon autogène (par elle-même), par progression spatiale, et que des mares se seraient formées il y a environ 1 000 ans.

Cependant, une autre étude s’avérait nécessaire pour corroborer ces premières constatations et des hypothèses posées.

RED

Bande Rapport août 2010

Résumé du rapport rédigé par Martin Lavoie, Élisabeth C. Robert et Julien Colpron-Tremblay, août 2010:

2010

Étude paléoécologique de la tourbière de la Grande plée Bleue –  Origine et mode de formation

La même méthodologie que lors de la première étude fut appliquée à celle-ci. Le site du premier échantillonnage révélant la présence d’une ancienne forêt, ceci constituait un indicateur qu’on n’avait pas atteint le point de naissance de la tourbière; il fallait donc localiser l’échantillonnage suivant, plus près du lieu du plus ancien entourbement, près de la limite des mares, pour obtenir une datation plus précise. Les prélèvements furent donc effectués en juillet, août et octobre 2009 en un point identifié GPB-3. Notons que les tourbières ombrotrophes comme celle de la Grande plée Bleue apparaissent habituellement dans des petites dépressions mal drainées. Des segments de 50 cm ont été prélevés à des profondeurs de 244 à 395 cm et 37 échantillons ont pu ainsi être récoltés dans les 3 zones caractérisant les périodes d’évolution de la tourbière. L’âge révélé en laboratoire du premier dépôt sur la couche sédimentaire suivant le retrait de la mer de Goldthwait5  a été de 9 460 ans avant aujourd’hui.

Zone I: à partir de la base constituée sur des sédiments d’argile et caractérisée par la dominance d’herbacées; présentant probablement une mare peu profonde entourée de saules, et à proximité d’une forêt de sapins baumiers et de bouleaux blancs, sur une courte période de 3 siècles.

Zone II: la tourbière minérotrophe6 pauvre, de 383-370 cm, entre 9 130 et 8 360 ans avant aujourd’hui

Zone III: la tourbière ombrotrophe, de 370-250 cm, entre 8 360 ans avant aujourd’hui jusqu’à maintenant

Ce second échantillonnage confirme donc l’ancienneté de la tourbière, antérieure aux autres tourbières qui ont été étudiées. La croissance spatiale de la Grande plée Bleue aurait suivi le modèle du développement vertical et latéral à partir, soit d’un seul point d’origine, soit de plusieurs points s’étant fusionnés.

Cette tourbière a d’autres caractéristiques très particulières : l’installation rapide de conditions ombrotrophes, la stabilité sur une longue période de son contenu floristique et le nombre exceptionnel de mares qu’elle abrite. On ne peut cependant affirmer à quel rythme et quand toutes les mares se sont formées, des études en ce sens seraient innovatrices.

RED

Nous faisons suivre le résumé de ces 2 rapports par ce court lexique terminologique pour faciliter  la compréhension du vocabulaire spécialisé employé

1 – paléoécologique : «étude scientifique des écosystèmes des époques passées» (aquaportail.com).

2 – platière : terrain plat au pied d’un relief sur lequel l’écoulement des eaux n’est pas défini (Wikipedia).

3 – ombrothrophe : tourbières alimentées uniquement par les précipitations, brouillards et fonte des neiges, et les sels minéraux transportés par le vent, présentant un couvert humide, acide et pauvre en minéraux (Wikipedia); «alimentée en eau que par les précipitations atmosphériques…seule source en éléments nutritifs hormis la décomposition de végétaux» (escer.uquam.ca).

4 – acrotelme : couche supérieure de la tourbière, soit la partie végétalisée et le fond de la mare (Wikipédia); «couche supérieure compressible (de la tourbière) … dépôt qui se trouve périodiquement sous conditions aérobies» (GRET-PERG.com); «partie vivante» celle où «les plantes croissent et la majorité de la décomposition se fait»«contrôle le régime hydrologique» (GRET-PERG.com).

5 – mer de Goldthwait : une des mers formées par l’envahissement océanique après la fonte provoquée par la fin de la période glaciaire, cette mer couvrant le territoire où la Grande plée Bleue est située.

6 – minérotrophe : tourbière «moins acide … alimentée par les eaux en contact avec les minéraux du substrat géologique…» (aquaportail.com).

TEXTE PAR FRANÇOISE de MONTIGNY-PELLETIER

Validé par MARTIN LAVOIE

Courriel/Email: Martin.Lavoie@cen.ulaval.ca

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